COLLECTIF DU CHÊNE-VERT

CCV CCV

Un arboretum, une tempête, des internautes...

Récits d'une découverte

Quand les membres du CCV découvraient l'Arboretum


Au jardin vivant - Bernard, Ille et Vilaine, 31/05/2000

Au jardin vivant 1
La vie reprend petit à petit son rythme habituel. Mais, que l'atterrissage est difficile après ces deux jours extraordinaires passés à l'arboretum !
J'ai le bourdon et ne suis pas sûr que la pluie bretonne en soit la seule cause. Je le dis à celles et ceux qui y viendront : méfiez-vous de ce coin de Charente limousine ! Il pourrait bien vous ensorceler aussi.
Je vais essayer de vous raconter, à présent que ça commence à décanter.
Pourtant je ne suis pas sûr que les mots traduisent fidèlement ce que j'ai éprouvé.
Samedi matin
Nous quittons la région chère à Van Gogh, sans trop de regret finalement, après une semaine douce et ensoleillée. Ce matin, la pluie a décidé de tomber.
Sur le trajet, le paysage conserve les stigmates de la tempête. Après les monts du Haut-Forez, les abords de Limoges ne laissent aucun doute sur la direction et la force du vent qui a soufflé en ces jours terribles. Je ne sais pas ce qui est le plus frappant, des arbres couchés ou cassés ou des nombreux tas de troncs ici et là le long de la route, bien nets et bien rangés. La tempête restera très présente dans les commentaires de Jean-Louis au cours de nos balades dans l'arboretum.
On finit par arriver au Chêne Vert après s'être demandé si Limoges allait nous laisser trouver la route d'Angoulême. Jean-Louis est dans le garage en train de plier la couette de canapé qui a protégé les Gunnera contre les gelées. Difficile de les croire fragiles tellement elles sont monstrueuses, ces plantes-là. Yolande évoquera les dinosaures en les voyant un peu plus tard. Un hasard ?
Jean-Louis nous présente la "brouette", modèle unique de 2CV dont l'ingénieuse transformation ne manquerait sûrement pas d'intéresser André Citroën s'il était encore vivant. Jean-Louis, tu devrais la breveter !
Imaginez : des ailes profilées pour ne pas accrocher les plantes dans les virages, le toit supprimé, mais les larges côtés de la caisse conservés faisant une sorte d'escabeau bien commode pour l'élagage des arbres ! Après avoir essayé un modèle de pot d'échappement catalytique au carbone enrichi et à double paroi chromée, Jean-Louis a décidé de s'en passer. La brouette fait un bruit de moto de compétition quand le moteur, après quelques hoquets timides et poussifs, a finalement démarré. Voir passer Jean-Louis au volant de cet engin diabolique dans les allées tranquilles de l'arboretum a quelque chose de surréaliste.
Il nous entraîne à la maison en passant par les semis. Ici, point de serre ou de système sophistiqué ; il suffit d'aimer les glaces ! Le parfum ne semble pas avoir d'importance, cependant. Entre autres, il attire notre attention sur un pin *** (j'ai encore oublié le nom) âgé de 5 ans et haut... de 3 cm ; il devrait être adulte dans 4495 ans environ. Ici, on plante pour longtemps ! Et chaque bac ou presque a son histoire.
Nous passons un moment tranquille à bavarder autour d'une Jeanlain. Puis, Jean-Louis propose de faire un tour au "jardin". Nous y voilà ! Je ne m'étais pas fait de représentations mentales du lieu avant d'y arriver.
J'avais juste en tête des bribes des récits des unes et des autres. J'avais aussi des images de jardins de magazines ou de parcs visités auparavant. Et bien, ça n'a rien à voir avec ces jardins-là ! Déçu ? Non, juste surpris et prêt à la découverte. En fait la beauté est différente, de même que l'intérêt, et nous en prendrons conscience petit à petit, au fur et à mesure des ballades durant ces deux jours.
C'est la fin d'après-midi et l'endroit est paisible. Nous avançons en bavardant, avec un sentiment de bien-être. Jean-Louis s'arrête devant une plante ; son nom, le sassafras, évoque pour nous tout au plus une pièce de théâtre. Et il commence à expliquer ce qui la rend étonnante : la feuille presque ronde, une autre en forme de moufle et une troisième avec trois doigts. La magie opère. La promenade se passera comme ça, de plante en plante, de découverte en découverte. Je maudis mes neurones qui refusent de tout enregistrer et mes yeux qui ne savent pas voir tout seuls. Mais, qu'importe, nous sommes sous le charme de notre guide privilégié et c'est bien agréable de se laisser aller à découvrir l'histoire ou la caractéristique de chaque plante. On passe le long de la Vienne. Une pensée pour vous tous, en me disant que nous avons de la chance Yolande et moi d'être là, et un sentiment étrange et fugitif que je ne parviendrai pas à saisir. Puis, on arrive dans le coin des érables. Je comprends Philippe : j'en prends aussi plein les yeux.
Bientôt, il faut rentrer car la lumière décline et nous empêche de voir tout ce que Jean-Louis aurait à nous montrer.
La soirée se passe à discuter de choses et d'autres, sans Marie-France qui est au collège pour le repas ; Jean-Louis parle de l'arboretum comme d'un jardin vivant ; les récentes discussions du Collectif autour de la communication prennent du sens. On pourrait y passer la nuit. Nous rejoignons le gîte tard, pour reprendre des forces ; demain, il y a au programme... la suite de la visite de l'arboretum.
Au jardin vivant 2
Dimanche La pluie nous incite à la paresse et nous traînons un peu au lit. Cette nuit, il y a eu un coup de vent. Ici, le vent a causé un traumatisme : avant la tempête, il y avait déjà eu la tornade. Une annonce de vent fort rappelle de mauvais souvenirs. Le gîte est spacieux, confortable et bien aménagé. Sitôt le petit déjeuner pris, la pluie ayant cessé, direction le jardin, tous les deux, Yolande et moi. Indigofera, weigelia "rose-blanc" (il donne des fleurs des deux couleurs : on en est tombé amoureux !), deutzia, chèvrefeuille, entre autres, égaient notre chemin, sans compter les odeurs.
L'allée qui descend du gîte débouche sur la cour. Jusque-là tout est calme. Mais, lorsque vous pénétrez dans le jardin, vous constatez qu'il y règne un véritable chahut. Il y a du monde là-dedans ! Pas de grasse matinée pour les oiseaux, sans oublier les grenouilles qui ont monté la sono à fond pour se faire entendre ! Tout ce petit monde est au boulot bien avant nous. A vrai dire, "boulot" n'est sûrement pas le terme approprié. C'est juste la vie.
Animaux et plantes se contentent de faire ce qu'ils ont toujours fait quand l'homme leur fiche la paix. L'image qui me traverse l'esprit est celle d'une "bulle". Attention, pas au sens d'un espace sous cloche, isolé du reste ! Au contraire, l'arboretum est ouvert de tous côtés. Non, ce serait plutôt un concentré de nature, plein de vie et en équilibre.
Ce matin, nous prenons à droite pour entrer au coeur de l'arboretum. Nous avançons dans les allées avec un sentiment de plénitude. Elles sont en herbe, ce qui fait qu'il n'y a jamais de rupture ; on ne quitte jamais le milieu naturel. Leurs courbes légères, en brisant les perspectives, garantissent l'effet de surprise à chaque instant. On passe d'une ambiance à une autre sans avoir pu la percevoir avant ; ainsi, l'attention n'est pas perturbée quand on est dans un endroit en train d'observer une plante. Dire que l'arboretum est un ensemble de tableaux impressionnistes se révèle assez juste. Les rosiers, en fleurs, sont superbes. Il y en a de toutes les tailles.
Certains grimpants montent à l'assaut des arbres ou s'appuient sur des arbustes. Ici, on ne les taille pas. Ah bon ? Pourquoi, est-ce que je m'embête à raccourcir les miens, alors ? Jean-Louis, à qui je poserai la question un peu plus tard, me répondra que les rosiers modernes ont dû être inventés par les fabricants de sécateurs pour justifier la vente de cet outil. Les botaniques s'en passent très bien, au contraire même.
À propos de Jean-Louis, nous l'apercevons en compagnie de Marie-France ; tous deux ont les yeux en l'air. Ils nous invitent à les rejoindre auprès de la mare aux grenouilles. L'objet de leur contemplation est une fleur de magnolia, grand calice aux lignes pures, d'une vingtaine de centimètres.
Cette fleur est un évènement attendu depuis longtemps.
Nous poursuivons la visite avec eux. Et ça recommence comme hier soir. On va de plante en plante, avec à chaque fois une histoire, pendant deux heures. On s'arrête à sentir le parfum des fleurs et des feuilles avec le nez, découvrir leur texture avec les doigts, observer les détails avec les yeux: étamines, couleur du pétiole, des jeunes feuilles. L'arboretum se visite avec tous ses sens, pour notre plus grand plaisir.
Je demande où sont nos "petits". En fait, ils sont partout, mais rien ne les distingue sinon leur petite taille ; de plus, quelques-uns se cachent, bien à l'abri des "mauvaises" herbes. J'aimerais bien voir l'acer longipes dont j'ai cherché la photo si longtemps quand nous travaillions sur les listes ; Jean-Louis et Marie-France ne sont pas d'accord sur son implantation. Elle penche pour la parcelle baptisée Carex. On verra ça une fois remontés à la maison ; elle a un bloc dans lequel elle a noté les arbustes qu'elle a mis en terre. Elle avait raison, c'est bien la parcelle Carex. Il faut dire que c'est elle qui a quasiment planté tous les PBA. Ils vont bien ensemble, tous les deux. Mais, quand Jean-Louis entre dans un massif pour nous faire découvrir une plante, Marie-France le surveille pour qu'il n'écrase pas la petite qu'elle a installée au pied par exemple. Un peu plus tard, c'est l'inverse.
Jean-Louis s'arrête devant un arbre mort. Pas d'explication logique. Un effet retard de la tempête ? Possible. En tout cas, le constat est là et c'est désolant car il avait atteint une belle taille. En regardant autour, il aperçoit une petite pousse de l'autre côté du chemin, porteuse de feuilles comme celles de l'espèce disparue, et puis une autre un peu plus loin. L'arbre est mort, mais ses racines lui redonnent vie. Bien sûr, il faudra du temps pour retrouver la taille de l'original, mais la plante revivra. Merveilleuse nature qui ne se laisse pas abattre. Ailleurs, c'est la glycine venusta qui s'est retrouvée par terre ; pas trop grave, elle est vigoureuse. Mais, il en est d'autres pour lesquels il faudra attendre pour être fixé sur leur sort. Ce qui l'inquiète le plus, ce sont les érables japonais qui ont perdu une partie de leurs parasols naturels. Peut-être sera-t-il nécessaire de leur en fabriquer des artificiels pour passer l'été.
Il commence à se faire tard et nous remontons à la maison pour déjeuner. En arrivant, l'odeur d'un rosier attire notre attention. Son nom est "Cuisse de nymphe émue" - joli, n'est-ce-pas ? - ou, version Jean-Louis, "Cuisse de pucelle effarouchée" ; c'est selon. Le déjeuner est chaleureux. Jean-Louis nous quitte pour assurer une visite.
Nous repartirons au jardin avec Marie-France un peu plus tard. Même plaisir de faire découvrir et partager les plantes. Elle nous arrête, entre autres, devant un clérodendron bungei ; les deux kalmia, un rose et un blanc, dont les fleurs, fermées, ressemblent à des bonbons et, ouvertes, sont d'une finesse remarquable. On passe par le coin des érables et elle veut nous montrer le tronc de l'acer griseum ; il est un peu plus loin, trésor caché par d'autres arbustes, impossible à découvrir si on ne vous le dégage pas ; de toute beauté avec sa couleur cuivrée et la fine écorce qui s'en détache comme s'il était en train de muer. Nous restons un bon moment à contempler les feuilles et les troncs des autres érables. Puis, elle nous entraîne du côté du parterre de vivaces où elle a aussi fait des semis dont les résultats ne sont pas hauteur de ses espérances ; de toute façon, la nature n'en fait qu'à sa tête ! Elle a envie de démissionner et de mettre les vivaces ça et là dans l'arboretum au lieu de les rassembler au même endroit.
Jean-Louis nous rejoint un peu plus tard et nous entraîne dans la partie supérieure qui appartient à sa soeur et qu'elle lui a demandé de planter.
Belle aubaine. Marie-France et Yolande s'écartent. Jean-Louis m'explique ses projets. Pour l'instant, c'est la phase d'observation. Les futures allées sont marquées par un passage de la tondeuse. En dehors, des herbes hautes.
L'espace a l'air nu. Pour me faire mentir, Jean-Louis s'accroupit, écarte les herbes et me montre une jeune plante ; son écran naturel la préservera de la chaleur cet été. Cette parcelle sera consacrée principalement aux chênes. Quelques arbres sont déjà plantés. Certains sont des chênes et je ne veux pas le croire, leurs feuilles n'ayant rien à voir avec la forme de l'espèce que nous connaissons tous. Pensez-donc, un chêne avec des feuilles quasiment sans échancrure, un autre avec des feuilles de houx (le fameux chêne vert) ! Les botanistes sont des farceurs ! Je finis par ne plus m'étonner de rien quand Jean-Louis me désigne un houx à feuilles de châtaignier. En fait, tout cela s'explique scientifiquement.
Nous poursuivons notre tour et redescendons par l'allée qui rejoint la route à la maison, bel exemple de haie champêtre multi-espèces, avant de revenir au jardin. Jean-Louis nous entraîne dans le coin des conifères, son préféré. Je lui avoue que les feuillus ont ma préférence ; mais faisant le constat que c'est sans doute par méconnaissance, je lui avoue aussi que je ne sais pas distinguer un sapin d'un épicéa. "C'est pourtant simple. Viens voir." Et Jean-Louis, en bon professeur qui sait comment captiver l'attention de son élève, explique simplement et tout devient clair, du moins tant qu'on n'entre pas dans les cas particuliers ou les exceptions.
Nous sommes sur le point de rentrer à la maison. Jean-Louis se rappelle que nous n'avons pas encore été voir les berberis. On y va donc. Les julianae, par exemple, me plaisent bien avec leurs feuillage fins et allongés. Marie-France n'aime guère les berberis ; ils ont trop tendance à user de leurs défenses quand il faut désherber dessous. A propos, on en profite pour supprimer les chardons ; je ne les trouve pas sympathiques ces plantes-là ; mais Jean-Louis me montre comment faire sans se piquer.
La journée a été riche. J'ai le sentiment d'être le dernier de la classe, incapable de se souvenir de tout. Pas grave ; après tout, nous avons passé des moments passionnants et j'ai des images plein la tête.
Après le repas et pas mal de discussions autour d'une bouteille de Jeanlain, Jean-Louis et Marie-France me proposent de vous envoyer un message. J'ai envie de vous faire partager tout ça, mais les mots ne viennent pas. Tant pis, on verra ça au retour. Il est très tard de toute façon. Pour ce soir, ce sera juste un petit signe, me disant qu'à votre place j'aimerais bien avoir des nouvelles. Je regagne mes pénates et Yolande qui dort, après avoir pris connaissance des messages de la journée que Jean-Louis a eu la gentillesse de me laisser lire.
Demain, c'est déjà le dernier jour...
Au jardin vivant 3
Lundi
Ce matin on ne traîne pas, car on doit aller visiter le jardin de Liliane avec Jean-Louis et Marie-France. En fait, Marie-France ne viendra pas, il s'est passé un évènement cette nuit. La jeune chatte a fait ses petits ; mais, ah ! le manque d'expérience, elle a choisi la couette du lit, plutôt que la panière que, prévoyante, Marie-France avait installée pour elle.
C'est la cata !
Nous partons donc tous les trois. Jean-Louis nous montre le parc de l'autre côté de la route en face de l'arboretum, du moins ce qu'il en reste. Ce serait bien que la municipalité le valorise de manière à créer un pôle nature à l'entrée de la commune. Mais... Puis, nous rejoignons St Laurent sur Gorre par une petite route de campagne, pleine de charme. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Nous entrons par le petit chemin en haut du terrain et descendons tranquillement à la rencontre de Liliane. Son jardin est, comment dire... Il ressemble à ceux qu'on a l'habitude de voir dans les magazines. L'agencement des couleurs forme un camaïeu harmonieux dans les bleu-rose-violet. Ce n'est pas pour rien si elle l'a appelé "Vert et Violine". Nous nous arrêtons devant les alchémilles ; hier, Marie-France nous en a parlé en disant que la rosée forme comme un collier de perles sur le pourtour des feuilles ; de fait, ce matin il y a des gouttes d'eau qu'un rayon de soleil fait briller. Ici, les rosiers sont dans des cages en bois pour les soutenir ; mais, certains, sans doute à tendance anarchiste, glissent quelques pousses à côté. Il ne faudrait pas que ces idées gagnent du terrain, cela dérangerait la belle harmonie du jardin. Petite leçon autour des rosiers anciens et des botaniques : si on veut des fleurs, il faut arquer leurs tiges. Au passage, nous remarquons R. complicata avec ses fleurs simples d'un rose délicat ; il nous fait bien envie. Jean-Louis attire notre attention sur les arbres. Il y en a de magnifiques ; notre regard étant surtout dirigé vers le bas, nous ne les aurions pas vus sans lui.
Retour au chêne vert pour le déjeuner. Le canard du collège a réussi à cuire dans le four du gîte. Débriefing sur la visite du jardin de Liliane qui débouche inévitablement sur la comparaison avec le Chêne vert. Hier, Jean-Louis nous a demandé notre avis sur l'arboretum, son agencement, son ambiance, façon forum, directe quoi. Yolande, avec son franc-parler que je luis connais bien, a répondu : "on est d'abord surpris par le foutoir !" ; Jean-Louis, surpris aussi mais par la réponse, cherche l'accroche marketing correspondante. Personnellement, je trouve le mot "foutoir" pas tout à fait approprié. Ce serait ça si le jardin se visitait depuis des allées gravillonnées ou derrière des grilles. Or, ici, on touche, on sent, on regarde en haut, en bas, on va du général au particulier et du particulier au général en permanence, on est complètement dedans ; et puis, je sais qu'ici il y a la volonté de laisser les plantes se débrouiller avec le moins possible d'intervention humaine. Décidément, ça ne colle pas, mais, lent de nature, je ne trouve pas les mots qui conviennent. La discussion continue et nous amène à tomber d'accord pour dire que le jardin de Liliane, s'il est harmonieux, est statique, comme un tableau en quelque sorte ; c'est beau et agréable, mais il y manque quelque chose. C'est ce quelque chose qui change tout à l'arboretum : ici, on a l'impression que tout vit ! C'est ce que Jean-Louis veut traduire dans le futur nom de l'arboretum : le jardin en mouvement, le jardin vivant. Ce matin, après avoir longé un côté de celui de Liliane, nous n'avons pas eu envie de faire l'autre. A l'arboretum, vous pouvez passer dans les allées sans rien voir ; mais, si vous commencez à vous arrêter, vous allez vous arrêter en permanence, tant il y a à découvrir : la plupart des plantes étant uniques, l'intérêt est sans cesse renouvelé.
Et encore, j'ai le sentiment d'être passé à côté de beaucoup de choses.
Le repas terminé, je descends au jardin pour un dernier tour, avec l'intention de faire des photos. Je reprends le chemin de la Vienne.
J'essaie de cadrer, mais je n'y arrive pas. La photo serait plate, étriquée, pas assez fidèle à ce que j'ai sous les yeux. Comment traduire les impressions, les sentiments éprouvés au cours de ces deux jours ? Et puis, c'est bizarre, je n'arrive pas à faire la mise au point ; ça reste flou ; pourtant il n'y a pas de buée sur l'objectif. Finalement, je range l'appareil. Tant pis pour les photos. Après tout, les images qu'on imprime dans sa mémoire sont bien supérieures à celles oubliées dans les albums photos. Je me remets à marcher, mais l'esprit ailleurs. Ces deux jours, très denses, ont passé vite. Je me dis que ça devrait être plaisant par exemple de descendre du gîte pour s'installer dans le jardin avec un bon bouquin ; mais je ne l'ai pas fait. Il y a sûrement des plantes que nous n'avons pas vues. Il faudra revenir. Pour le moment, je sens l'heure du départ qui approche et je n'arrive pas à me décider à remonter au gîte où Yolande m'attend.
Jean-Louis m'appelle. Il est avec Marie-France en train de photographier la fleur du magnolia et me demande si je veux en profiter. Je les rejoins et nous continuons tous les trois le tour du jardin. J'en suis heureux, car je commençais à avoir sérieusement le bourdon. Nouvel arrêt auprès de Ghislaine de Féligonde, rosier surprenant avec sa multitude de tons du blanc au rose ; je prends une photo avec cinq fleurs côte-à-côte de cinq nuances différentes. Il est énorme et ses fleurs forment une cascade. La visite du jardin reprend et Jean-Louis montre, raconte, attire l'attention. Il joue de mon étonnement devant les bizarreries de la nature : il écarte les branches d'un arbuste et indique du doigt ce qui a l'air d'un couvre-sol ; en fait, c'est un saule. Plus loin, nous nous arrêtons devant deux arbres de la même espèce plantés à quelques mètres d'intervalle ; la différence de taille est plus qu'évidente et le plus court n'est pas le plus jeune. Ailleurs, on s'accroupit devant une plante dont les feuilles sont de plus en plus soudées entre elles au fur et à mesure qu'elles se rapprochent de l'extrémité de la tige ; tout au bout, elles forment un disque sur lequel la fleur est comme posée, délicatement. Jean-Louis la nomme ; je n'ai pas retenu le nom, mais ça n'a pas d'importance.
Il commence à se faire tard et il faut vraiment y aller. Après une dernière Jeanlain partagée ensemble, Jean-Louis me demande d'amener la voiture pour charger. Les affaires de camping passent du coffre à l'habitacle. Les pots s'entassent. Il n'y a plus de place, le gallium et les fougères iront rejoindre les duvets à l'intérieur. Marie-France propose de partager les scutelaria donnés ce matin à Jean-Louis par Liliane. Derniers conseils de plantation, dernières bises, dernières poignées de mains. Quelques mots échangés, histoire de retarder encore un peu le moment de la séparation. Retour plutôt silencieux. Les images défilent dans la tête avec des bribes de conversation. Nous venons de passer deux jours merveilleux, hors du temps, grâce à Marie-France et à Jean-Louis, à leur accueil, leur chaleur, leur gentillesse, leur disponibilité, leur enthousiasme à faire partager le jardin qu'ils ont créé. L'un comme l'autre savent vous captiver et vous guider. On ne revient pas tout à fait le même d'un tel séjour. J'en prendrai conscience en arrivant à la maison.
Voilà ! Mon récit est terminé. Il est long et pourtant je suis sûr d'avoir oublié beaucoup de choses. Du moins aurais-je essayé de vous faire toucher du doigt un peu de ce que nous avons éprouvé.
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