COLLECTIF DU CHÊNE-VERT

CCV CCV

Un arboretum, une tempête, des internautes...

Une histoire faites d'histoires...

... depuis les mots échangés sur la Toile jusqu'aux rencontres...
du virtuel au concret


Comment se refaire un moral en bois brut après la tempête, Michèle, Hauts de Seine, février 2000

Histoire d'envahisseurs (Chant à plusieurs voix)

D'abord, il y a eu la tempête.
Elle a ravagé les jardins et les forêts dans tous les coins du pays ou presque. C'était décembre 1999. Sur le forum jardinage, grand concert de lamentations. Nous étions tous tristes à pleurer, hébétés, à partager nos misères, à nous lamenter ; certains supputaient sur l'utilité de l'élagage et sur " que faire si jamais ça recommence ? ". On n'était pas loin de se mettre virtuellement des coups sur le nez ou alors de sombrer dans la dépression. Pendant ce temps-là à Chabanais on comptait les blessés, les morts, les condamnés ; et du bout du talon, vite on recalait les bébés secoués. 83, 87, 95 et maintenant ! Verrai-je un jour des arbres d'un peu plus de vingt ans ?
Ensuite une idée
L'idée est venue de Françoise, renommée Francesca depuis, en raison de ses origines ritales et de la concurrence d'une autre Françoise qui s'épanouit dans sa campagne, près de Compiègne. Avec le recul, je dirais que c'est une vachtement bonne idée : comme nos petits bras débiles ne pouvaient venir à bout de tout ce que nous avions à débiter, replanter, redresser, haubaner, dans nos jardins et autres lieux déboisés, Francesca a eu l'idée d'envahir un endroit bien déterminé, sur lequel nous pourrions nous défouler en toute tranquillité, les propriétaires étant d'un naturel peu agressif malgré les apparences (on a dit beaucoup trop de mal des ours).
Bien sûr que ça l'avait un p'tit peu dérangé, tout ce remue méninge, son ourse désabritée, mais y'avait pas d'clôture ils l'avaient fait exprès.
"Je souhaite que ta fierté n'en soit pas trop blessée"
Là je dois reconnaître que t'as mis le paquet !
Au vrai, ça me plairait bien d'être marraine par chez toi !
L'œil en biais s'interroge derrière la porte ouverte
Mais non, il a pas peur le vieil ours écorché, ces Êtres-là sont vrais, pas venus de si loin piétiner ses plates bandes, ramener un peu d'ombre au-dessus de l'allée.
Puis des manœuvres lentes mais obstinées
Les manœuvres ont donc commencé doucement : un appel sur le forum - soft, plein de bonnes intentions, d'attendrissement, d'arguments imparables. Au fil des jours, une vingtaine d'envahisseurs potentiels sont arrivés à pas feutrés. Ils ont commencé par se demander avec quoi marquer leur territoire. Chacun sait qu'un cow-boy finit toujours par planter des barbelés sur la prairie. Là, il s'agissait d'arbres : bien pire, ça pousse, ça prend de l'espace, ça dure au-delà de nous. Bref, l'attaque, sans merci. Se sont donc précipités sur les catalogues de pépiniéristes pour choisir quoi planter. Ont même été assez malins pour obtenir la collaboration de leurs victimes : les colonisés, préoccupés par d'autres choses à ce moment-là, je suppose, n'ont pas vu venir le coup. Tout ça a duré presque deux mois. Les frénétiques découpeurs de catalogues ont même appris le latin pour mener à bien leur funeste projet.
Le débarquement enfin
Quand les listes ont été bouclées, les découpeurs de catalogues (qu'on appellera désormais les membres de la secte CCV, suivant l'appellation en usage), les CCV donc, ont commandé une première fournée d'arbres chez un pépiniériste près de Guingamp (Côtes d'Armor), sont allés les chercher un jour de février pour les déposer chez leurs victimes prévenues par un improbable autant qu'énigmatique livreur de pizza, avec à la main un paquet cacheté à la cire qui renfermait d'étranges feuillets couverts de signes cabalistiques, des runes écrites par un scribe auvergnat pourtant jamais avare de mots. Il restait à planter : on n'abandonne pas comme ça de jeunes arbres en pot qui ne vous ont rien fait. Puis il a fallu les abreuver, mais, si les petits arbres avaient grand soif, c'était rien comparé aux membres du CCV. Et ceux-ci ne se contentaient pas d'eau, vous pensez bien !
Sont v'nus voir l'ours au fond d'son bois, pas toucher à ses arbres mêmes ceux qu'étaient cassés, just'amener des tout neufs pour changer l'goût du miel, y z'ont mêm'pas cherché à r'car'ler sa piscine, pas versé d'eau d'javel son poil déjà bien blanc, vérifié que ses griffes toujours bien acérées, savaient rester masquées devant un étranger.
On en est là. Mais le pire reste à venir. Les CCV ont en effet contacté un de leurs complices les plus redoutables, le célèbre Maurice Laurent, pépiniériste dans les Côtes du Rhône - hips, pardon, à la vôtre ! - je veux dire, dans le Rhône. En attendant la prochaine livraison, la révolte couve au sein du CCV. Certains entament même une grève pour les 35 heures hebdomadaires de lecture des messages électroniques. On aurait pu craindre un instant pour le CCV, mais celui-ci n'allait pas arrêter comme ça son activité subversive ! Sous la conduite d'un certain François, ces terribles découpeurs de catalogues (qu'on aurait pu croire un rien primitifs) vont entrer brutalement dans le 3ème millénaire (mouvements variés dans la salle, exclamations, bruits divers " on n’y est pas encore ! ") : ils correspondent maintenant par le biais d'une liste de diffusion toute belle et toute neuve, rien qu'à eux : personne n'y échappe, ni les antiquaires amis de Steve Jobs, ni les masochistes liés à Bill Gates. Ceux qui croyaient pouvoir quitter la secte en sont pour leurs frais et les victimes ne sont pas au bout de leurs peines ! Le CCV repart avec un nouvel élan vers son but énigmatique...
Les membres du CCV : comme les hirondelles, sur un fil !
À ce jour, une vingtaine, reliés par un fil, de tous âges et de tous horizons, unis par une irrésistible attirance pour la chlorophylle. Et chacun de mettre au pot selon ses compétences.
Qui de collecter les informations, qui de les coordonner, qui de les mettre en forme, qui de les diffuser, qui de faire de l'humour, qui de planter le résultat concret des recherches, et qui de cumuler. Au final, les CCV s'affranchissent des frontières délimitées du terrain dont ils disposent qui sont incompatibles avec leur désir d'enverdir la terre entière ; ils enrichissent leurs pauvres connaissances des variétés de verts ; apprennent à se connaître, et développent les " belles rides " *.
Il en est un, dépositaire d'un nombre un peu plus important d'arbres et d'arbustes peu courants, qui prend désormais la suite. On compte sur lui pour décrire aux internautes et pour montrer aux visiteurs les caractéristiques et les nuances de ces nouvelles étrangetés. C'est un engagement sur du long terme !
La porte de l'arboretum du Chêne Vert est toujours ouverte, celle du CCV (la secte) au moins jusqu'à l'automne 2000 : tous les "petits hommes verts" y sont bienvenus.
*belles rides : j'ai attendu une explication qui n'est pas venue. Je ne pense pas qu'il s'agisse de ma figure, bien qu'il y ait, de ce point de vue, de quoi faire; mais ils n'auraient pas écrit "belles" dans ce cas. Il s'agit sûrement de leur goût pervers pour les écorces des arbres : plus elles pèlent, se plissent, s'écaillent, plus ils sont contents.(ndlc)
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